Avant de partir
Pas les clichés de brochure touristique. Les vraies raisons — celles qui font qu'après six ans, on est toujours là et on ne regrette rien.
C'est probablement la chose qui frappe le plus en arrivant de Paris. À Madrid, personne ne mange à midi pile en regardant son téléphone. Les terrasses se remplissent à toute heure. Les dîners commencent à 21h30, souvent plus tard. Les apéros durent. Les week-ends existent vraiment. Ce n'est pas de la paresse — c'est une autre façon d'organiser le temps, qui laisse de la place aux gens, aux conversations, à la vie qui se passe en dehors du boulot. Après quelques semaines, tu réalises que tu as arrêté de courir.
Oh la bouffe espagnole... Les croquetas crémeuses à l'intérieur et croustillantes dehors, la charcuterie — jamón ibérico, chorizo, lomo — qu'on mange debout au comptoir d'un bar, les calamares frits servis dans un petit pain au milieu de la Plaza Mayor. Et puis il y a tout ce qu'on ne connaît pas avant d'arriver. Le cocido madrileño, par exemple — ce ragoût de pois chiches, légumes et viandes mijotés des heures, qui réchauffe les dimanches d'hiver. Mon péché mignon. (Surtout quand c'est la grand-mère de mon copain qui le prépare.) La cuisine espagnole est généreuse, sans chichi, et franchement — elle est bonne.
Madrid, c'est trois musées de rang mondial à dix minutes à pied les uns des autres : le Prado, le Reina Sofía, le Thyssen. Des expositions en permanence, une vie culturelle dense, accessible, et souvent moins chère qu'à Paris. Mais ce qui frappe surtout, c'est que les Espagnols sont fiers de leur culture — vraiment fiers, sans arrogance. Le flamenco, la cuisine, les fêtes locales, les traditions de quartier : ce ne sont pas des décors pour touristes, c'est vivant, pratiqué, transmis. On arrive dans un pays qui sait ce qu'il est, et ça se ressent.
300 jours de soleil par an, c'est réel. La lumière de Madrid est quelque chose de particulier — dorée, franche, elle change l'humeur. Les printemps et les automnes sont magnifiques. Mais il faut être honnête : les étés tapent fort (40°C ne sont pas rares en juillet-août), et l'hiver peut surprendre. Madrid est à 650m d'altitude, les nuits de janvier descendent sous zéro, et il neige — pas souvent, mais ça arrive. Ce n'est pas la Costa del Sol. C'est un vrai climat continental avec ses extrêmes. Ce qu'on gagne vraiment, c'est la lumière et le soleil au quotidien, même en hiver.
À savoir : Ce qu'on ne te dit pas : en août, les Madrilènes partent. La ville se vide, beaucoup de restaurants ferment. C'est plutôt un avantage — calme, moins de monde — mais ne t'attends pas à une ville festive en plein mois d'août.
Paris-Madrid en avion, c'est 2h de vol. Les vols sont fréquents et souvent pas chers si tu réserves à l'avance. Tu peux rentrer pour un week-end sans que ça devienne une expédition. En train, il y a aussi le Renfe-SNCF direct jusqu'à Barcelone, et de là le reste de la France. Pour ceux qui hésitent à franchir le cap par peur de l'éloignement : Madrid est l'une des capitales européennes les mieux connectées à Paris. On est loin, mais pas si loin.
L'espagnol castillan — celui de Madrid — est une langue claire, bien articulée, accessible. Ce qui est frappant, c'est que les Espagnols transforment peu leur langue : pas de verlan, peu d'argot impénétrable, pas de codes qui excluent. On comprend assez vite, et on progresse vite. En quelques mois, tu passes de la survie à la vraie conversation. Et au-delà de la langue, il y a les gens. Les Espagnols sont chaleureux, directs, accueillants. Ils t'intègrent facilement dans leurs cercles, ils ne font pas la différence entre un voisin de palier et un ami de dix ans pour t'inviter à une fiesta. C'est une culture du lien social qui, venant de Paris, fait un effet saisissant.
Ce qu'on ne peut pas vraiment expliquer
Il y a une chose que je n'arrive pas à mettre en mots, et que je retrouve dans presque tous les témoignages d'expats : une sensation d'évidence. Pas l'euphorie du touriste, pas l'excitation de la nouveauté. Quelque chose de plus calme, plus ancré. Une ville dans laquelle on se sent à sa place. C'est subjectif, c'est personnel — mais ça compte.